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L’évolution d’un photographe passe par quatre phases qui se succèdent. Connaitre ces différentes étapes est essentiel, car sans savoir où vous vous trouvez ni où vous allez, vous êtes perdu.

Comme un randonneur qui utiliserait une carte pour trouver son chemin, comprendre ces différentes phases vous permettra d’avancer dans la bonne direction, tout en évitant les écueils inhérents à chaque étape. Dans cet article, je vais vous expliquer quelles sont les quatre phases de votre évolution photographique, ainsi que les pièges à éviter.

Phase 1 : Le proto-photographe

Le préfixe « proto » signifie « antérieur à » ou « primitif ». Le proto-photographe n’est pas encore un photographe.

À ce stade initial, l’individu est enthousiaste, mais inexpérimenté. Il aime prendre des photos, mais n’y connait pas grand-chose. Il utilise son appareil en mode automatique, car il ignore comment le régler. Il n’a pas fait le choix d’apprendre la photographie.

Les proto-photographes sont souvent victimes de l’effet Dunning-Kruger, c’est-à-dire qu’ils surestiment leurs compétences et la qualité de leurs photos, en raison d’un manque de conscience de ce qu’ils ne savent pas.

Cette période d’exploration naïve, où les erreurs sont fréquentes, peut être plus ou moins longue selon les individus.

Le risque est même de ne jamais en sortir, autrement dit ne jamais faire l’effort d’apprendre à régler son appareil photo.

C’est généralement une déception qui force le proto-photographe à passer au stade suivant de son apprentissage. Une prise de conscience brutale de son incapacité à régler son appareil photo.

Phase 2 : Le technicien

Dans cette phase, le photographe s’intéresse avant tout à la technique. Il découvre le triangle de l’exposition, sort progressivement du mode automatique, apprend à maitriser l’exposition de ses photos, ainsi que le flou.

C’est dans cette phase que se trouve l’immense majorité des personnes qui parlent photo sur les forums internet ou dans les clubs photo.

Deux risques sont associés à cette seconde phase.

Le premier risque, c’est d’abandonner la photographie.

Lorsqu’un individu quitte le stade de proto-photographe, et qu’il décide d’apprendre la photographie, de s’y mettre sérieusement, il se passe deux choses :

  1. Il prend conscience de la réalité — il n’est pas aussi bon que ce qu’il pensait,
  2. Il se rend compte de l’ampleur de la tâche à accomplir — le nombre de compétences qu’il doit acquérir.

Si vous pensez être à ce stade lâ, que vous entamez votre apprentissage de la photographie, c’est vrai que vos photos ne sont pas aussi bonnes que ce que vous pensiez.

Mais sachez que la tâche à accomplir, c’est-à-dire le nombre de compétences à acquérir avant de pouvoir prendre de bonnes photos, est probablement beaucoup moins important que ce que vous pensez.

Ce que vous devez comprendre, c’est que quand vous apprenez seul, avec les ressources gratuites que vous trouvez sur internet, c’est comme si, le jour de votre entrée en CP, la maitresse jetait en vrac sur votre table tous les cours dont vous aurez besoin jusqu’à la terminale.

Techniquement, c’est exact, vous avez sous les yeux tout ce qu’il vous faut pour obtenir votre bac. Mais bon courage pour y arriver !

Apprendre seul, sur Internet, sans savoir par où commencer, quoi apprendre en premier, ni dans quel ordre aborder les contenus, c’est très compliqué. Sans compter que l’immense majorité des photographes donnent des conseils en utilisant beaucoup trop de vocabulaire technique. Leurs conseils ne sont pas clairs. Pour un novice, c’est très compliqué à comprendre, et encore plus à appliquer.

En quelques semaines, vous serez sorti du mode automatique, aurez les bases techniques nécessaires pour réussir vos photos — même quand les conditions de lumière sont difficiles — et serez capable d’utiliser l’exposition à des fins créatives.

Le second risque, c’est de rester bloqué dans la technique.

Cet écueil est extrêmement courant chez les apprentis photographes. Obnubilés par le matériel et là technique, ils en font leur objectif principal. Ils prennent des photos pour créer des images techniquement parfaites, mais ce faisant, passent à côté de l’essentiel : ce qu’une photo exprime et fait ressentir au public.

Pour un photographe, il est important d’acquérir un minimum de technique, sans quoi il ne pourra jamais maitriser le rendu de ses photos et être créatif.

Mais la technique doit rester un outil. Elle ne doit jamais devenir une fin en soi.

En photographie, la technique est importante. Vous ne pouvez espérer prendre de bonnes photos sans la maîtriser parfaitement, car sans technique, vous perdriez tout contrôle créatif. Cependant, la technique ou, plus exactement, le pourquoi de la technique, c’est-à-dire son but, est souvent mal compris. Vous ne devez pas viser la perfection technique d’une image, mais plutôt la perfection technique du geste. La perfection technique d’une image n’a aucun sens. Courir après la netteté parfaite, éviter le bruit à tout prix, passer des heures à retoucher une image pour en éliminer les moindres imperfections… Ce n’est pas cela qui vous permettra de créer des images qui ont du sens, qui racontent une histoire, qui touchent les cœurs et marquent les esprits. « Aucun niveau de piqué ou de plage dynamique n’améliorera notre histoire, pas plus qu’adopter une police plus moderne n’améliore un poème », explique David du Chemin dans son livre L’âme d’une image. « Et si nous nous demandons pourquoi nos images ont tant de succès au club photo du coin, mais n’inspirent rien au reste du monde, c’est peut-être que le reste du monde recherche autre chose. Jamais ils n’ont eu l’idée de chercher l’impact d’une photographie dans ses seules qualités techniques. »

Phase 3 : Le photographe éclairé

Le photographe qui atteint la troisième phase de son évolution a dépassé la simple acquisition de compétences techniques et s’engage désormais dans une démarche photographique plus profonde, plus expressive et plus orientée vers la maîtrise.

Avant d’aller plus loin, une précision importante : passer en phase trois ne signifie pas abandonner la technique. La technique est essentielle et aura toujours une place dans votre pratique. Vous aurez toujours de nouvelles choses à apprendre, de nouvelles techniques à découvrir, à explorer et à maitriser. Mais pour un photographe éclairé, la technique n’est pas une fin en soi. C’est un outil, au service de sa pratique et de ses projets.

Le risque associé à cette phase lâ, c’est de devenir un « professionnel complaisant », c’est-à-dire de vous satisfaire de vos compétences, de vous reposer sur vos lauriers, et de mettre ainsi un terme à votre croissance et à votre évolution.

Pour éviter cet écueil, vous devez vous considérer comme un éternel étudiant, et toujours continuer à travailler, à apprendre et à vous améliorer.

Vous devez développer votre intuition, explorer votre identité à travers votre art, et travailler sur des traits comme l’adaptabilité, l’intuition, la créativité, l’authenticité, la gestion des émotions et l’exploration de votre ombre.

Je le répète mais c’est crucial : il est important, à ce stade là, que votre curiosité soit insatiable, et alimentée par une soif de connaissances qui va bien au-delà de la photographie proprement dite.

Intéressez vous, par exemple, à la psychologie et aux relations humaines, pour être plus à l’aise quand vous abordez des inconnus dans la rue, quand vous dirigez des modèles, quand vous gérez des équipes, etc.

Phase 4 : Le maître

Ce stade est atteint après des années, voire des décennies, de pratique délibérée et de réflexion.

Le photographe a atteint un niveau d’excellence qui est reconnu, non seulement par lui-même, mais aussi par ses pairs.

Il est souvent considéré comme une autorité dans son domaine, capable de pousser les limites de l’art de la photographie.

Sa technique, son intuition, son style et sa vision sont tous parfaitement intégrés.

Il est, non seulement un maître de la photographie, mais aussi un maître de lui-même, ayant une profonde connaissance de ses processus internes.

Tout au long de notre évolution, atteindre ce quatrième stade, celui de l’excellence, doit être notre objectif — notre Étoile polaire.

Nicolas Croce

2 réponses

  1. Très bon article. Je rajouterais , dans le même esprit, que l’autosatisfaction est le principal frein à une progression photographique personnelle, que ce soit au niveau technique ou bien artistique.

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